Eric R.

Anneli Furmark

Ça et là

22,00
par (Libraire)
19 novembre 2018

AU PLUS PRES

Raconter la naissance du sentiment amoureux chez des adolescents, sans caricature ou cliché, n’est pas chose facile. Lorsque les adolescents sont deux garçons, la tache est encore moins aisée. Pourtant la Bd « Au plus près », réussit avec une justesse de ton remarquable, ce pari. Un bijou de retenue et de sobriété.

Des BD donnent parfois l’impression d’être coloriées avec des crayons de couleurs. Cela permet d’exprimer une forme de violence enfantine ou la force de sentiments primaires, forts et nouveaux. Ces couleurs, mêlées à l’aquarelle, la dessinatrice suédoise Anneli Furmark, les met au coeur du roman graphique « Au plus près », adapté du roman de l’écrivaine norvégienne Monika Steinholm.

Des sentiments forts, juvéniles, d’amour intense sont en effet suivis « au plus près » dans cette BD qui raconte la naissance et l’acceptation de l’amour réciproque de deux jeunes gens, Jens, roux et rond et Edor, blond et mince. Tout oppose ces deux jeunes norvégiens; leur physique mais aussi leur histoire personnelle et leur caractère. Jens découvre son homosexualité dans un milieu familial tolérant et compréhensif. Edor, qui a le poids supplémentaire d’un lourd secret familial, combat ses pulsions face à un père hostile et à la volonté d’être « normal », d’être amoureux d’une fille comme tout le monde. Admis ou non par l’entourage, cette découverte assumée par Jens, et refoulée par Edor n’en reste pas moins un immense séisme dans leur univers mental personnel.
Par le biais de petits chapitres, le lecteur passe, par un va et vient incessant, des états d’âme de chacun des deux protagonistes, confrontés à leur propre regard et à celui des autres.
Comme les touches d’aquarelle qui éclairent les magnifiques paysages norvégiens, toile de fond d’un été torride et exceptionnel dans cette région du monde, le récit décrit avec minutie et réalisme les souffrances psychologiques de ces deux jeunes hommes qui se découvrent. Autour d’eux, de superbes personnages, apportent le contre point du regard extérieur et racontent la vie.

Les éditions « Cà et Là » poursuivent avec « Au Plus Près » leur ligne éditoriale originale de publications de BD, au graphisme souvent innovant, d’auteurs étrangers comme Marcello Quintalhina ou Joff Winterhart dont l’album « Courtes distances » est assurément l’une des plus belles publications de ces derniers mois. Un travail remarquable d’édition à découvrir et à encourager.

par (Libraire)
16 novembre 2018

Comme au Cluedo...

Dans La Serpe, une enquête minutieuse et toute personnelle, Philippe Jaenada rouvre le dossier d’un triple assassinat commis dans un château de Dordogne en 1941.
On sort de la lecture de La Serpe comme une crêpe (bretonne bien évidemment). Pendant la moitié de l’ouvrage, on cuit d’un côté. Brusquement le cuisinier (ou l’auteur) nous retourne et on cuit sur l’autre face. Au final on est à point, complètement saisi par un « roman » qui, comme un polar vous prend dès les premières pages pour ne pas vous lâcher avant les six cents dernières.

Car comme au Cluedo, il faut retrouver un assassin en passant par le « petit salon », la « cuisine », ou le « grand salon ». Seulement à la différence du jeu de société, l’histoire à reconstituer est une histoire réelle qui s’est déroulée en octobre 1941 dans un château de Dordogne et qui a défrayé des décennies durant la chronique des faits divers. Trois commis dans une nuit où seul Henri Girard, fils et neveu de deux des victimes, était présent.

L' enquête pourrait être pesante et ennuyeuse, mais cela serait sans compter sur les multiples digressions, souvent humoristiques de Philippe Jaenada . On suit l’inspecteur Jaenada – Colombo dans sa voiture, on se promène dans les rues de Périgueux, on rentre dans des bars et on boit quelques whiskys (pas trop quand même), on fait la connaissance d’Ernest son fils (sympa le fils, comme un fils quoi).
En 2018, on est affligés de la médiocrité et de la mauvaise foi des investigations menées (on est au temps du recensement des toiles d’araignées pas des traces d’ADN). Au bout de la balade, le ton devient plus sérieux et grave : en se rendant sur les lieux, dans des pièces qui ont connu l’horreur, on perd tout à coup cette distanciation que le temps a créé. On s’approche des êtres et de leur âme. Peut-être a-t-on accroché une certaine vérité ? En tout cas on est à la fin d’un long tunnel et on découvre la lumière, celle du matin celle qui fait du bien. Où la rosée a remplacé le sang. Et la probable vérité une vaste mascarade destructrice.

Un grand, grand livre, unique.

Nouvelle édition 2022-Edition Collector

Hervé Tanquerelle, Gwen de Bonneval, Jørn Riel

Sarbacane

par (Libraire)
14 novembre 2018

Une BD qui pétille !

En cette période hivernale, une BD formidable vous réchauffera le coeur. Elle se passe pourtant dans le Nord Est du Groenland mais l’humanité et l’humour de personnages perdus dans la nuit polaire alimenteront vos zygomatiques. « Racontars Arctiques », contes moraux et drolatiques revigorants.

Cette Bd est avant tout une collection formidable de personnages hirsutes, déglingués ou ravagés aux nez proéminents, aux ventres dégueulant, aux fronts plissés de soucis ou d’inquiétude. Des trognes inoubliables. Ils s’appellent Valfred, Anton, Lodvig, Herbert ou encore William le Noir. Ils vivent seuls, totalement isolés, dans le Nord Est Groenland et sont sortis du vécu et de l’imagination du romancier danois Jorn Riel, qui passa 16 années dans cette région dans le cadre d’expéditions scientifiques, pour en tirer une oeuvre littéraire mondialement reconnue.

Hervé Tanquerelle au dessin et Gwen de Bonneval au scénario réussissent parfaitement dans une sarabande, drôle et poétique à nous faire pénétrer la vie intérieure d’individus, curé d’enfer ou peintre sans crayon, amoureux de coq ou Comte déclassé, qui cherchent dans l’obscurité polaire à survivre à la solitude et à l’absence de cet être fantasmé: la femme.

« Emma, tiens, c'est comme si elle était faite qu'avec des beignets aux pommes. Les fesses, les seins, les joues et tout et tout. Rien que des beignets mon garçon. Et au milieu de toute cette pâtisserie, deux yeux bleu ciel et une moue rouge. »

Les histoires s’enchainent les unes après les autres, comme des fables de La Fontaine, révélant au bout de quelques pages des morales que le lecteur s’inventera lui même.
La BD pétille, naviguant entre poésie et tendresse, drôlerie et âpreté. C’est vivant, gai, revigorant. Les personnages sont dessinés avec un trait précis et rigoureux. Mais lorsque les hommes, las de solitude, partent en traineau pour raconter de nouvelles histoires à d’éloignés voisins, le dessin se fait ample et flou, de vastes lavis noir et blanc d’encres de chine, rendent majestueux des paysages où les ours blancs côtoient les phoques.

Racontars arctiques nous ramènent ainsi au temps des veillées de chez nous, celui où la parole et le silence valaient de l’or, au temps des relations humaines riches et fortes. Alors,« pourquoi pas se fader une bouteille ? On y voit un peu plus clair quand on a sifflé une bouteille entre copains. » Y voir plus clair pour avoir chaud au coeur. On y revient.

par (Libraire)
22 octobre 2018

Portrait magnifique d’une écrivaine engagée dans son temps.

Les murs parlent parfois et révèlent beaucoup de leur propriétaire. En investissant la demeure de Nohant, propriété de George Sand, l’historienne Michelle Perrot, trace un portrait magnifique d’une écrivaine engagée dans son temps et citoyenne plus qu’auteure.
S'intéressant peu à l'oeuvre, qu'elle juge "fade" l'historienne en racontant le lieu et sa vie au quotidien, trace en fait le portrait d'une femme, libre, indépendante, républicaine, sociale, soucieuse des droits civils des femmes. Avec ses faiblesses et ses contradictions certes mais toujours soucieuse de mettre en adéquation ses idées sociales et ses actes.
En trois parties, les lieux, les gens, le temps, ce livre érudit mais jamais ennuyeux, est aussi un remarquable ouvrage sur la vie paysanne au Centre de la France dans la première partie du XIX ème siècle.
Un lieu plus grand que l'oeuvre, magnifiquement raconté comme un récit du Berry.

14,95
par (Libraire)
19 octobre 2018

MAUSART

Et si Mozart s'appelait "Mausart" ? Et si il était en réalité une petite souris mélomane qui vivait dans le piano du loup Salieri?

Dans cette magnifique BD enlevée, Smudja confirme son immense talent de peintre et de dessinateur. Mausart composant La Flute Enchantée en sautant de touche en touche est un véritable bonheur de musique et de ... lecture. Dessinant un bestiaire royal magnifique le peintre d'origine yougoslave, à l'image de la superbe couverture, illumine le regard du lecteur et illustre parfaitement un scénario enjoué et original.

Une BD à destination des moyens et des grands à qui il ne manque qu'une chose : un CD des oeuvres du génie autrichien à écouter pendant la lecture de ce conte heureux .