JEAN RACINE - BILAN CRITIQUE, bilan critique
EAN13
9782200344542
ISBN
978-2-200-34454-2
Éditeur
Armand Colin
Date de publication
Collection
128
Nombre de pages
128
Dimensions
18 x 13 x 0 cm
Poids
127 g
Langue
français
Code dewey
842.409
Fiches UNIMARC
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Jean Racine - Bilan Critique

bilan critique

De

Armand Colin

128

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INTRODUCTION?>Jusqu'en 1950, Racine passait pour un modèle de clarté. Puis soudain, de 1956 à 1960, cette œuvre limpide prit des significations les plus inattendues. Est-ce parce qu'on la soumit à des systèmes d'interprétation qui lui étaient étrangers ? Ce n'est pas sûr. Les personnages de Britannicus n'intéressent pas Racine en eux-mêmes, mais pour leur signification exemplaire dans une mythologie allégorique. Ce ne sont pas seulement des types humains. Peut-être représentent-ils, comme Vénus et Minos, dans Phèdre, les pôles de notre personnalité ou les forces qui structurent notre condition. Néron serait la pulsion, le désir monstrueux, favorisé par Narcisse, le tentateur, et contrecarré par Burrhus, la mauvaise conscience. Junie serait la conscience persécutée et le rêve du désir, objet érotique et figure idéale ; Agrippine, le surmoi inhibiteur ou le pouvoir répressif. Le sort de Britannicus exprimerait le résultat pathétique de ces antagonismes.Une telle interprétation conçoit l'œuvre comme structure figurant une problématique de la condition humaine. Or, les structures sont particulièrement importantes chez Racine. C'est pour les constituer qu'il a transformé les personnages cités plus haut et inventé Junie. La raison d'être de son œuvre vient moins des Grecs que des contradictions d'une condition historique symbolisée par le conflit entre la Cour et Port-Royal, qui étaient les pôles de sa vie, sinon de sa personnalité. L'explication socio-idéologique est donc pertinente pour sa vision, comme pour son art, conçu pour plaire. Une lecture psychanalytique l'est tout autant, pour retrouver les conflits fondamentaux dont la tragédie est l'expression. La théorie freudienne du ça et du surmoi n'est pas si éloignée de la conception augustinienne d'un homme dominé par la concupiscence mais hanté par Dieu. Nous devons lire Racine « littéralement et dans tous les sens » (Rimbaud).Un premier chapitre fait l'historique des « réceptions » de l'œuvre de Racine ; le deuxième fait le point des interprétations récentes des principaux problèmes ; le troisième présente un bilan critique des cinq tragédies principales ; enfin, une bibliographie permettra de mener des études approfondies. ?>1?>RÉCEPTIONS DE L'ŒUVRE DE RACINE?>1. DES ORIGINES À 1955?>1.1 L'accueil immédiatL'œuvre de Racine séduisit d'emblée par la finesse de la psychologie et du style, malgré les réticences des survivants de la génération précédente devant le développement de la galanterie et le remplacement de l'héroïsme par une vision tragique et des passions criminelles. Certes, il avait moins de vigueur que Corneille ; mais maintenant on voulait surtout être ému, et l'on trouvait ce nouvel auteur extrêmement touchant.Pour connaître la réception immédiate des tragédies, nous disposons de plusieurs types de documents :• Les comptes rendus des gazettes jugent les œuvres selon leur importance mondaine. Voici le début des quatre-vingt-dix vers que Robinet consacre à Andromaque (1667) : [...] J'ai vu la pièce, toute neuve,D'Andromaque, d'Hector la veuve,Qui, maint siècle après son trépas,Se remontre, pleine d'appas,Sous le visage d'une actrice,Des humains grande tentatrice,Et qui, dans un deuil très pompeux,Par sa voix, son geste et ses yeux,Remplit, j'en donne ma parole,Admirablement bien son rôle.C'est Mademoiselle Du Parc,Par qui le petit dieu Porte-Arc,Qui lui sert de fidèle escorte,Fait des siennes d'étrange sorte.Racine, agressif et méprisant, sera bientôt mal vu des journalistes qui, de plus, jalousent sa réussite à la Cour.
• Les réactions satiriques — dont la plus ample est Apollon vendeur de Mithridate (1675) où Barbier d'Aucour passe en revue toutes les pièces jusqu'à Iphigénie — critiquent surtout les invraisemblances, l'absence de vérité historique de cette « Racine de réglisse » qui « [...] endort dans un honteux repos/Les princes, les rois, les héros/Sur les bords du fleuve du Tendre ».
• Les jugements de doctes ou de rivaux, caractéristiques de la critique savante d'alors, qui est essentiellement technique. Ils parlent peu de l'émotion et du plaisir ressentis, pas du tout de la profondeur humaine de l'œuvre, et se soucient principalement de sa conformité aux règles de l'art dramatique, de la langue et de la vie mondaine. Ainsi, Subligny fait jouer chez Molière, sur le modèle de La Critique de l'École des femmes— le talent en moins — La Folle Querelle ou La Critique d'Andromaque. Dans ce qui se veut une dispute enjouée, il énumère avec un pédantisme vétilleux les fautes contre la vérité historique (Pyrrhus qui était « violent et farouche », fait ici « le doucereux »), la vraisemblance (un roi ne va pas au-devant d'un ambassadeur, v. 140 ; il le convoque au lieu de le chercher partout, v. 605), la bienséance (son chantage est indigne d'un « honnête homme ») et la pureté de la langue (de multiples « expressions fausses » et « près de trois cents » « petits péchés véniels » — dont la plupart sont d'heureuses libertés).• Les réactions d'intellectuels moins conventionnels sont intéressantes malgré une tendance à dire ce que l'auteur ou le personnage aurait dû faire. Saint-Évremond (1672) regrette que Racine ait poussé Titus jusqu'au « désespoir où il ne faudrait qu'à peine de la douleur », puisqu'il décida réellement de renvoyer Bérénice. Bussy (1671) estime qu'il renonce trop facilement à Bérénice : « Il ne l'aime pas tant qu'il dit [...]. S'il eût parlé ferme à Paulin, il aurait trouvé tout le monde soumis à ses volontés. Voilà comment j'en aurais usé ».• Nous disposons de réactions spontanées de lecteurs ou de spectateurs, comme Mme de Sévigné qui nous rapporte celles d'autrui avec les siennes : « Le roi a trouvé [Esther] admirable, M. le Prince y a pleuré ; Racine n'a rien fait de plus beau ni de plus touchant. »• Enfin, dans les préfaces de ses pièces, l'auteur répond aux critiques : il oublie les plus gênantes, insiste sur les plus mal venues, parfois invente celles dont il a besoin pour renvoyer ses adversaires dos à dos (cf. les premières préfaces d'Alexandre, d'Andromaque et de Britannicus).
Tout cela importe plus pour la connaissance de la mentalité contemporaine que pour l'interprétation de l'œuvre aujourd'hui. Il en ressort qu'on apprécie généralement le style de Racine, à la fois noble et naturel, bien que des vétilleux en critiquent les plus délicates originalités. On le trouve surtout extrêmement touchant. Le public mondain et féminin en est transporté. Mais les doctes, les rivaux, les nostalgiques de l'héroïsme cornélien dénoncent cette fadeur galante et ces héros à la mode, qui n'ont plus rien d'antique ni d'héroïque.Bref, les spécialistes de l'époque se préoccupent surtout de la conformité de l'œuvre aux normes, qui nous intéresse fort peu, et la majorité du public de sa touchante tendresse, voire de sa galanterie, qui nous paraît son fâcheux défaut. Quant au tragique, il n'en est point question. Britannicus et Junie importent plus que Néron (qui choque un peu), Iphigénie et Achille beaucoup plus qu'Ériphile.Il faut attendre 1686 pour avoir quelques bonnes appréciations, à l'occasion de parallèles avec Corneille. Contrairement à son aîné, Racine a cru « qu'il fallait aller à l'esprit par le cœur » ; il a « plus de grâce, plus de naturel » et il « n'entend pas moins bien le théâtre, quoi qu'on veuille dire ». Il excelle surtout dans l'analyse psychologique : « Les détours les plus cachés, les mystères les plus passionnés et les plus secrets, tout est dévoilé par lui naturellement » (Longepierre, 1686). « Corneille nous assujettit à ses caractères et à ses idées, Racine se conforme aux nôtres ; celui-là peint les hommes comme ils devraient être, celui-ci les peint tels qu'ils sont [...]. L'un élève, étonne, maîtrise, instruit ; l'autre plaît, remue, touche, pénètre. Ce qu'il y a de plus beau, de plus noble et de plus impérieux dans la raison est manié par le premier ; et par l'autre, ce qu'il y a de plus flatteur et de plus délicat dans la passion. [...] Corneille est plus moral, Racine plus naturel.La Bruyère, Les Caractères, Des Ouvrages de l'esprit, 54, 1688.Mais toujours pas question du tragique. Par le nombre de représentations, Mithridate et Iphigénie p...
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