EAN13
9782381980225
ISBN
978-2-38198-022-5
Éditeur
L'Arche
Date de publication
Collection
Scène ouverte
Nombre de pages
304
Dimensions
21 x 13 x 2 cm
Poids
320 g
Langue
français
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Huit heures ne font pas un jour

L'Arche

Scène ouverte

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« Huit heures ne font pas un jour est une oeuvre pionnière, une série délicieuse, printanière, fraîche, remplie d’espoir et d’énergie positive. Ses nombreuses héroïnes et nombreux héros conjurent les différentes formes d’aliénation sociale, raciale et sexiste tant par leur inépuisable énergie individuelle que par leur capacité sans cesse renouvelée à s’associer spontanément les uns aux autres.
Dans un esprit libertaire soixante-huitard, Fassbinder dépeint des gens du peuple à la grande richesse morale nouant des solidarités victorieuses en dehors de toutes institutions établies, syndicales ou partisanes.
Ce qui m’interpelle et me touche particulièrement en tant que metteure en scène c’est que les personnages de Huit heures ne font pas un jour font partie d’un monde artificiel que Fassbinder façonne et sublime grâce à son mode de narration. Le mélange des dialogues en témoigne : tantôt sortis tout droit de pièces de théâtre populaires ou bien sonnant comme des répliques brechtiennes stylisées. Tout comme les films de Jacques Demy, Les Parapluies de Cherbourg et Une chambre en ville, cette déréalisation enjouée me permet de réactualiser de façon contemporaine les codes du conte. Le réel et la fiction ne cesseront de cohabiter, de se jouer l’un de l’autre... »

« Avec Huit heures ne font pas un jour l’enfant terrible du cinéma allemand initie un geste esthétique que
l’on pourrait qualifier d’avant-garde, alors boudé des cinéastes car considéré comme un genre mineur sans
valeur artistique ajoutée : la série télévisée. Fassbinder y voit une manière de toucher plus efficacement
le grand public, utilisant le plaisir du feuilleton comme support à la revendication sociale, passant par la
réalisation de bandes-annonces diffusées sur le petit écran. Violemment fustigée par les organes de presse
conservateurs, cette série à la diffusion interrompue suscita un immense engouement auprès du public et
des records d’audimat pour la chaîne. Encore aujourd’hui, il en émane un souffle de contestation salutaire,
essentiellement portée par la langue et la légèreté apparente des propos.
Au fil des épisodes se déploie une fresque familiale, emportée par le personnage de la grand-mère, Luise,
l’aïeule indocile et entêtée, au franc-parler truculent et à l’impertinence malicieuse. Sans naturalisme feint
ni affectation caricaturale, Fassbinder y aborde ses sujets de prédilection : les mécanismes d’oppression
sociale, le désir d’émancipation par le travail chez les femmes, l’opportunisme insidieux de la presse, ou
des sujets tabous comme le désir amoureux des personnages âgées. On pense à la figure d’Emmi dans
Tous les autres s’appellent Ali qui, deux ans plus tard, ajoutera au tabou de l’âge la question du racisme
quotidien dans l’Allemagne des années 1970. Fassbinder ne se contente pas de montrer la violence du
monde du travail et de structures familiales en profonde mutation, mais comment cette brutalité rejaillit
au détour de conversations, au bistrot ou avec les collègues de travail, de disputes conjugales ou d’action
visant à démontrer son libre-arbitre au sein de situations d’oppression vécues comme immuables (ainsi les
dépenses onéreuses sur un coup de tête comme la course en taxi exigée par Luise ou l’achat du chapeau
par Monika, qui se moque un instant des remontrances inévitables d’un mari violent).
Ce qui m’interpelle dans l’oeuvre de Fassbinder est son atemporalité couplée d’une acuité profonde au
contemporain. Pas de didactisme marqué chez lui, ou d’instance venant professer des leçons d’émancipation.
« Je ne jette pas des bombes, je fais des films » disait Fassbinder. La politique émerge au détour
d’une réflexion, d’une incompréhension, d’une moquerie, d’une indignation, d’un écart de point de vue.
Elle n’est jamais brandie en étendard. En ce sens, il ne raconte pas la lutte des classes, mais l’émergence
d’une pensée critique là où les mécanismes d’aliénation sont à l’oeuvre. Celle-ci jaillit, comme de l’intérieur,
presque à son insu, dans l’écart de perception d’un individu à l’autre. Elle jaillit dans la « dispute », au
sens premier et rhétorique du terme, dans une langue tout à la fois brute et ciselée.
Éditer Fassbinder c’est donner à entendre ces éclats de voix, dans toute la vitalité de leur surgissement.
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