• par (Libraire)
    14 juin 2022

    Théâtre-poésie : Scansion-cisaille

    Cédric Demangeot, disparu en janvier 2021, est l’un des plus grands poètes de ce siècle. Son œuvre débute à la fin des années 90 chez Fata Morgana, puis viennent des livres avec une force sans précédent chez Flammarion notamment.

    Une pièce de théâtre donc, versifiée.

    En 1834, Pouchkine fuit la vie mondaine de Saint-Petersbourg pour rejoindre sa « forteresse littéraire » de Boldino, hameau décrépi au milieu de la steppe. Mais aucune inspiration ne vient et Pouchkine passe ses journées à chasser des mouches et à réciter des vers déjà anciens à ses poules. C’est alors que Nashokine vient lui rendre visite le temps d’une beuverie…

    Il faut s’imaginer les deux hommes au milieu d’une étendue sauvage et crasseuse vociférer, ironiser sur le monde entier. Tout y passe. Telle une morale issu d’un conte classique, l’amour, la nature humaine, la vie, la beauté sont passés à la moulinette du dialogisme. L’alcool aidant, les vers se cabrent à mesure que le temps dans le livre passe. D’autres personnages s’en mêlent, ça dégénère. Mais l’acuité et la lucidité, la profondeur et la finesse d’esprit de Pouchkine sont comme des gouvernails au milieu de la débauche.

    Pouchkine – Toute profondeur est à la surface.
    Regarde la peau.

    Un bref silence. Il se sert un verre d’alcool.

    Une femme, un poème, c’est toujours
    une combinaison de matières. Tatiana
    de toutes les femmes de ma vie
    serait une synthèse chimique.

    Nashokine – Et combien sont-elles, les femmes de ta vie ?

    Pouchkine – Je ne sais pas. Peut-être autant
    que l’autre passa de jours au désert.

    Et santé !

    Julien