• 5 octobre 2021

    liberté

    Dans un pays imaginaire (une île ?), un drame survient : la grande citerne est dynamitée, il n’y a plus d’eau. Le despote Ragazzini arrive au pouvoir et fait la chasse aux nez-verts.

    L’un d’eux, le narrateur, est emprisonné pour avoir écrit des slogans appelant à la liberté sur les murs de la ville.

    En parallèle, nous découvrons l’histoire de Karole, une petite fille nez-vert qui aimait jouer près de la citerne, elle qui venait d’un pays sans eau.

    En lisant ce roman, je suis presque morte de soif avec le narrateur emprisonné qui n’a droit qu’à un demi verre d’eau lors des 3 repas quotidiens.

    J’ai compté avec lui les briques rouges de sa cellule.

    J’ai aimé l’énigmatique Jagu qui prend dans ses bras le corps de Karole.

    J’ai aimé que, même en prison, il écrive sur les murs à la craie.

    Un roman en huis-clos qui offre heureusement une forme d’espoir avec la multiplication des points d’eau.

    Je m’aperçois que j’ai peine à restituer toute l’intensité du roman tant le style et le propos sont riches.

    Une lecture forte sur le racisme.

    L’image que je retiendrai :

    Celle des gencives omniprésentes dans la narration.


  • 4 août 2018

    Percutant, sensible et éclairé

    Belle découverte ! J’aime d’emblée cette écriture incantatoire, son sens de la tragédie et son regard lucide sur les problèmes actuels de société.
    Rien de tel pour ouvrir les yeux que de s’inscrire dans un roman d’anticipation, de travailler ses personnages au plus près en les icônisant, de fondre ses messages dans une fable bien construite, à la fois concise et profonde.
    Tout commence avec le mouvement et le désir. Trois cent « nez-verts » assoiffés arrivent à Cartmandua, avec dans le cœur « Cet espoir immense en la chance d’un autre destin, d’une opportunité, où tout sera aussi facile que le fait de tourner le robinet d’eau froide. Et boire.»
    Mais le village tombe sous la dictature de Ragazzini, faisant exploser la citerne qui trônait comme un trophée de nantis. Installés dans leur confort, personne, hormis Pia, la mère de Thiego, n’a rien vu venir.
    Le corps noyé de la jeune Karole, qui avait tant chéri la citerne à son arrivée symbolise la perte de tout espoir. Morte par ce qui devait la sauver. Les images sont fortes pour dénoncer l’inhumanité.
    En alternance, nous découvrons Thiego dans la prison de Cartmandua. Le jour de l’explosion de la citerne, il avait appris la maladie de sa mère et décidé de combattre l’injustice avec ses armes, les mots. Dans la tête de Thiego passent toutes les difficultés de la vie en prison, le manque, les regrets, les amitiés et les trahisons. Il résiste en pensant aux mots des livres, aux mots qu’il taguait sur les murs. Il survit en pensant à sa femme, en écrivant son nom sur les murs de sa prison.
    Avec ce roman d’anticipation, Céline Lapertot traduit remarquablement l’espoir et la peur des migrants, l’égoïsme des nantis. La force des mots évoque des images choc, symboliques. Le regard sur notre société est percutant, intelligemment glissé dans cette fable aux personnages d’une grande sensibilité.


  • par (Libraire)
    3 mai 2018

    Conseillé par Stéphanie

    Liberté
    ...
    Sur toutes les pages lues
    Sur toutes les pages blanches
    Pierre sang papier ou cendre
    J'écris ton nom

    Sur les images dorées
    Sur les armes des guerriers
    Sur le couronne des rois
    J'écris ton nom ..

    "Liberté, j'écris ton nom". Le célèbre poème d'Eluard pourrait être gravé en exergue du roman de Céline Lapertot.
    A Cartimandua, pays imaginaire du Nord, tout allait bien tant que la Citerne d'eau dominait le pays par son gigantisme et sa blancheur. Les Nez Verts affluaient du Sud vers cet Eldorado, et tant qu'il y avait de l'eau pour tout le monde, le vivre-ensemble était envisageable. Il y eut bien une Cassandre pour prévenir des possibles maux à venir, mais le commun des mortels n'est jamais capable d'envisager le pire. Et le pire arriva sous forme d'explosion. L'eau précieuse noya et emporta avec elle les illusions, la tolérance et la démocratie.
    Encore une fois Céline Lapertot nous bouscule, nous bouleverse même parfois. Sans détour, elle nous fait sauter à la figure l'absurdité de la conditions humaine, mais sa complexité aussi. Trahir et résister, accueillir et rejeter, aimer et tolérer, les paradoxes qui nous composent sont si nombreux. Une craie et des mots sur un mur suffisent-il à dénoncer?


  • par (Libraire)
    18 avril 2018

    Epoustouflant

    L'écriture de Céline Lapertot est juste, maitrisée et magnifique! Son roman aux allures de fables nous fait ressentir tristesse et colère, dans ce monde en proie à des pénuries d'eau et ou la faute est rejetée sur ces "Nez-verts", les immigrés qui viennent pour trouver de l'eau, dans le seul but de survivre! Poignant et révoltant, ce roman est à découvrir d'urgence!


  • 25 février 2018

    Je suis complètement époustouflée par l’écriture de Céline Lapertot. 31 ans et une telle maturité, une telle maîtrise !
    Dans un pays imaginaire, une énorme citerne d’eau attire des habitants de pays voisins en proie à la sécheresse.
    Mais voilà, un jour, la citerne explose.
    De nombreux morts dont la petite Karole qui vénérait la citerne. Et surtout, la défiance voire la haine des habitants pour tous ces migrants, les « nez-verts », maintenant que l’eau pourrait venir à manquer ici aussi.
    D’autant qu’un dictateur a été nommé à la tête du pays.
    Plusieurs voix racontent cette histoire, dont celle de T.qui exprime sa révolte contre le pouvoir par des mots et des tags, celle de Karole, morte d’avoir atteint son Eldorado, celle de Jagu……
    De nombreux personnages pour comprendre les réactions en temps de crise.
    C’est comme une fable, proche, si proche des réalités de notre monde.
    L’immigration, la politique, la société, les travers de chacun, les combats de certains…. Tout est dit, tout est écrit.
    Comme un cri de colère, de révolte, les mots de l’auteur nous accrochent, nous prennent à partie et nous entraînent.
    C’est fort et c’est puissant.


  • par (Libraire)
    14 février 2018

    Un roman d'anticipation pour parler de notre société contemporaine et de ce qui constitue l'Homme

    Lorsque nous avions lu les deux premiers romans de cette auteure, déjà publiés par Viviane Hamy, nous avions été immédiatement saisis d'une part par l'efficacité d'une langue ciselée et d'autre part par les thèmes abordés : l'enfance maltraitée dans « Et je prendrai tout ce qu'il y a prendre » et le combat de femmes africaines qui essayent de se relever, prenant les armes à leur tour après avoir subi des viols durant la guerre civile ravageant leur pays dans « Des femmes qui dansent sous les bombes ». L'écriture a été à chaque fois un choc, d'une puissance incroyable et qui nous a subjugués.
    Ce troisième roman est une fable et aborde un tout autre sujet sous l'allure du roman d'anticipation. Le thème principal rejoint cette fois des préoccupations écologiques: le manque d'eau a réduit la Terre à un désert et pousse un peuple à migrer cherchant à survivre en allant là où l'eau est encore canalisée et stockée, dans un pays imaginaire nommé « Cartimandua ».
    Apparaissent en toile de fond des problèmes d'éthique et de morale. En effet, le manque d'eau a engendré un comportement de plus en plus autoritaire chez le Président de Cartimandua qui décide de priver peu à peu la population de droits essentiels dont celui de la liberté d'expression ; il envoie les opposants au fin fond des geôles de l'Etat et une dictature s'instaure ainsi, prenant appui sur les solutions qu'il apporte au manque d'eau pour asseoir son despotisme.
    Plusieurs personnages entremêlent les points de vue: une fillette, un jeune graffeur croupissant en prison pour avoir tagué les murs de la ville de slogans revendicatifs, une mère désespérée, un traître pris au piège de sa propre trahison...
    Si le roman est peu épais, il aborde outre les deux thèmes déjà cités, celui des migrants et du poids de la culpabilité qu'on leur fait souvent endosser, celui de la puissance des mots et de l'écriture, celui du choix, celui de la fragilité de notre planète que nous continuons à maltraiter.
    C'est un très beau texte que nous offre l'auteure, forte de la volonté de faire réfléchir
    sur l’humain et ce qui le constitue.